EN BREF
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CHIFFRES CLÉS
PRODUCTION LOCALE
Part minimale des investissements concernés devant être réalisée auprès de fabricants locaux à partir de la troisième année du régime 5G.
TECHNOLOGIE NATIONALE
Seuil minimal de produits nationaux à partir de la troisième année, avec possibilité pour le BTK de le relever jusqu’au double si l’offre disponible le permet.
ABONNEMENTS 5G
Nombre annoncé au 6 août 2026, quatre mois après le lancement commercial national du 1er avril.
La 4,5G a d’abord créé un marché pour la production locale
La politique engagée avec la 5G prolonge une expérience commencée dix ans plus tôt. Lors du déploiement de la 4,5G, les opérateurs avaient déjà été soumis à des obligations progressives de recours aux produits locaux, fixées à 30 %, puis 40 % et 45 %. L’offre domestique n’était cependant pas encore en mesure de suivre immédiatement cette ambition. Turkcell reconnaît que certaines obligations n’ont pas pu être entièrement satisfaites dans les premières années faute de capacités suffisantes en recherche, en développement de produits et en production locale. Des sanctions ont alors été prononcées.
La contrainte a néanmoins créé un débouché auquel les fournisseurs turcs pouvaient progressivement répondre. Des fabricants ont obtenu des commandes, développé des références et commencé à intégrer les réseaux commerciaux. Le BTK estime aujourd’hui que le taux de localisation atteint sous la 4,5G a finalement dépassé l’objectif initial de 45 %.
L’expérience montre ainsi ce qu’un quota peut faire et ce qu’il ne peut pas faire. L’État peut réserver une partie de la demande à une industrie domestique, mais il ne peut pas créer instantanément les entreprises capables de la satisfaire. La 4,5G a surtout fourni un premier marché d’apprentissage. La 5G cherche désormais à transformer cet apprentissage en capacité technologique plus profonde.
La 5G distingue désormais fabriquer et maîtriser
Le nouveau régime relève d’abord les exigences existantes. Les opérateurs doivent consacrer 50 % de leurs investissements concernés aux produits de fabricants locaux la première année, 55 % la deuxième et 60 % à partir de la troisième. Une part des achats doit également bénéficier à des PME productrices en Turquie et à des fournisseurs disposant d’activités de recherche dans le pays.
La principale évolution se situe toutefois ailleurs. Une seconde obligation concerne désormais les produits répondant à la définition de produit national de communication. Leur part doit atteindre 5 %, puis 10 % et 15 %. Le régulateur peut ensuite relever ces proportions jusqu’au double lorsque l’offre disponible le permet. La réglementation distingue donc explicitement la présence d’une production sur le territoire de la maîtrise des droits technologiques qui lui sont associés.
Cette distinction empêche de confondre localisation et autonomie. Un équipement peut être fabriqué en Turquie tout en incorporant des composants, une architecture ou une propriété intellectuelle contrôlés ailleurs. Atteindre 60 % de production locale ne signifierait donc pas que la Turquie maîtrise 60 % de la technologie de son réseau. Le véritable approfondissement commence lorsque la localisation de la fabrication s’accompagne d’une capacité croissante à concevoir, développer et faire évoluer les solutions utilisées.
Le marché intérieur devient un terrain d’apprentissage
Cette politique bénéficie d’un atout que tous les pays cherchant à faire émerger une industrie télécom ne possèdent pas. La Turquie dispose d’un marché intérieur suffisamment vaste pour fournir immédiatement des volumes aux entreprises qu’elle cherche à développer. Quatre mois après le lancement commercial national, le ministère des Transports annonçait déjà 44,5 millions d’abonnements 5G.
L’écosystème domestique n’est par ailleurs plus limité aux démonstrateurs. ULAK fournit déjà des équipements utilisés par les opérateurs turcs. i2i Systems développe des solutions destinées aux fonctions centrales du réseau. P.I. Works a construit une activité internationale dans les logiciels d’optimisation et de gestion. Ces acteurs n’occupent ni les mêmes segments ni le même niveau de maturité, mais leur présence montre que la politique de localisation s’appuie désormais sur des capacités industrielles existantes.
Elles coexistent toutefois avec les grands équipementiers mondiaux. Turkcell continue de travailler avec Ericsson, Huawei, Nokia, Samsung ou ZTE, parallèlement aux entreprises turques. L’objectif observable n’est donc pas de remplacer brutalement les fournisseurs étrangers, mais de permettre aux acteurs turcs de prendre en charge un nombre croissant de fonctions au sein d’un réseau qui reste international. Le marché domestique sert alors moins de forteresse que de premier terrain d’apprentissage.
Le véritable test commence lorsque le quota n’est plus nécessaire
Le respect des seuils réglementaires ne suffira donc pas à mesurer le succès de la politique. Une entreprise peut recevoir davantage de commandes parce qu’un opérateur est obligé de lui consacrer une partie de ses achats. Cela peut lui permettre d’augmenter ses volumes, d’améliorer ses produits et de financer sa recherche. Cela ne démontre pas encore qu’elle aurait remporté les mêmes contrats dans un marché où aucun quota ne la favorise.
La prochaine étape se situe précisément hors de cette protection. Certaines entreprises turques sont déjà présentes à l’étranger, notamment dans les logiciels de gestion de réseau. La question reste plus ouverte pour les fonctions où les grands équipementiers internationaux disposent encore d’une avance industrielle importante. Les données disponibles ne permettent d’ailleurs pas de mesurer précisément la part du réseau 5G contrôlée technologiquement par des entreprises turques, ni de répartir l’ensemble des investissements entre fournisseurs nationaux et internationaux.
Deux indicateurs permettront alors de suivre le passage à une nouvelle étape. Le premier sera la capacité du régulateur à relever effectivement la part des produits nationaux parce qu’une offre suffisante existe. Le second sera l’obtention de contrats commerciaux à l’étranger sans obligation d’achat en faveur des entreprises turques. Le véritable seuil sera atteint lorsque le quota ne constituera plus la principale raison pour laquelle la technologie est achetée.
ANALYSE QUANTITATIVE

LECTURE
La 5G prolonge la politique de localisation engagée avec la 4,5G, mais en en modifiant la portée. L’obligation d’achat auprès de fabricants locaux monte jusqu’à 60 %, contre 45 % au maximum dans le régime précédent. En parallèle, un second seuil, distinct, cible les produits technologiquement nationaux : 5 %, puis 10 % et 15 %, avec un relèvement possible jusqu’à 30 % si l’offre disponible le permet. Le point important est donc moins la seule hausse du contenu local que la séparation explicite entre production locale et maîtrise technologique. La politique industrielle turque ne cherche plus seulement à faire produire davantage sur le territoire ; elle tente aussi de faire émerger une base technologique nationale au sein d’une industrie qui reste structurée par des acteurs internationaux.
SOURCE & MÉTHODE
Données : BTK (Autorité turque des technologies de l’information et de la communication) ; Turkcell, Form 20-F / Annual Report 2025.
Traitement et visualisation :Manara, avec Python, pandas et Matplotlib. Seuils réglementaires minimaux applicables aux investissements concernés ; production locale et technologie nationale relèvent de critères distincts. Le niveau 30 % est conditionnel à la disponibilité de produits éligibles.
POINT DE BASCULE
CONDITION DE RÉVISION
À SURVEILLER
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